CERCLE DE LA CROIX BLANCHE

26 juin 2008

Les Prophéties de Jeanne d'Arc


C'était juste 20 ans avant le « Miracle de Bayonne », les premiers mois de l'année 1431. Une jeune fille de 19 ans expiait dans les prisons de Rouen le mérite et la gloire d'avoir libéré la France de l'oppression de ses ennemis. Pénétrée de l'esprit de Dieu et accompagnée de ses Voix inspiratrices, qui lui furent toujours fidèles, Jeanne d'Arc répondait aux questions de ses bourreaux, qui étaient ses juges, le 1er mars 1431 : « Avant qu'il soit sept ans, les Anglais perdront plus grand gage qu'ils ne firent devant Orléans », allusion à la prochaine délivrance de Paris.

Et le samedi 7 mars 1431, elle ajoute qu'ils « seront boutés hors de France, exceptés ceux qui y mourront, et que Dieu enverra victoire aux Français »... «Et de ce je suis messagère de par Dieu, et je dis de TOUT le royaume de France».

 

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La Conquête de la France


Cette conquête commence par un acte de réconciliation, entre Français et Bourguignons. Ces derniers avaient vendu Jeanne aux Anglais, mais celle-ci écrivit au duc de Bourgogne, en faveur de la paix « entre son roi et lui ». Elle voulait convertir la haine en amour. Cette réconciliation se fit par la paix d'Arras, en 1435.

L'année suivante, c'est la prise de Paris par le connétable de Richemond (16-17 avril 1436).

Et puis, il y a des coups de main ; Montereau est pris en 1437, Meaux en 1440 - sans compter les mille autres incidents de la lutte.

Ensuite, c'est une longue trêve, incompréhensible pour nous aujourd'hui, et qui s'explique par la mollesse des uns et la lassitude de tous.

Enfin, tout s'agite en 1449.

La Normandie est alors aux Français. Rouen se rend en octobre et tout le pays maritime, l'année suivante, au point que le 12 août fut choisi comme jour de fête nationale de la délivrance et célébré pendant longtemps.

Bientôt, la Guienne est attaquée. Bergerac et Bazas se rendent, dès 1449. Bordeaux ouvre ses portes à Dunois, le 30 juin 1451.

 

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Siège de Bayonne



1451 ! Maintenant Bayonne, c'est ton tour : vas-tu te rendre, ou vas-tu résister ?

Les Bayonnais ne furent jamais ni peureux, ni lâches, ni traîtres. Ils sont honnêtes, loyaux, pleins de franchise et d'honneur.

Toutes délibérations prises, Bayonne va se défendre, Bayonne va résister. Telle est la vérité, toute la vérité.

Expliquons cela, et vous comprendrez alors, Mes Frères, pourquoi Bayonne, ville anglaise depuis 300 ans, voulait rester anglaise encore, en 1451.

Bayonne était ville anglaise depuis 1152. Eléonore d'Aquitaine, répudiée par Louis VII le jeune, épousa Henri Plantagenet, duc de Normandie et plus tard roi d'Angleterre. Elle lui portait en dot tout l'Ouest de la France et changea ainsi, en un instant, de par le droit public de l'époque, la nationalité d'un grand pays.

Bannière de l'association la croix blanche de Bayonne 

Bannière de l'association la croix blanche de Bayonne

 

Imprévoyante faute politique, dit-on aujourd'hui - c'est vrai - et qu'il fallut réparer par des siècles de luttes sanglantes.

Mais, à lire les vieux documents, on voit que l'Angleterre traitait ses lointains sujets avec un libéralisme et une largeur de vues vraiment exceptionnelle. Elle faisait alors ce qu'elle fait d'ordinaire aujourd'hui pour ses possessions lointaines et ses colonies. L'Aquitaine était déjà, si vous le voulez, un Canada avant la lettre. Ce sont les faits qui nous l'apprennent, et avec quelle sûreté et quelle évidence !

Grâce aux secours de cette grande nation, Bayonne acquit une importance commerciale et maritime considérable. Les marins bayonnais étaient réputés les premiers marins du monde. Le commerce de notre ville jouissait d'une activité et d'une faveur extraordinaire. Savez-vous qu'à Séville, il y avait une « rue de Bayonne » et qu'à Londres l'évêque de Bayonne, le maire et les cent pairs, recevaient toujours l'accueil le plus courtois et le plus flatteur ?

Bayonne avait pour gouverneur, au nom de l'Angleterre, en 1451, Jean de Beaumont, frère du connétable de Navarre et appartenant à cette grande famille d'outre-monts, toujours opposée aux intérêts français.

Les armées royales de Charles VII, devant Bayonne, avaient pour chefs Gaston IV, comte de Foix, souverain de Béarn, et le comte Dunois, compagnon de Jeanne d'Arc, en sa campagne de France.

Gaston de Foix avait 2 000 arbalétriers, avec archers, guisarmiers et pavisieux (7), tirés de son pays, « dont il faisait beau voir les montures et harnois de feste ».

Dunois avait 600 lances et un corps considérable d'archers, de guisarmiers et d'artilleurs. 1 000 à 1 200 Espagnols combattaient avec les Français (Castillans, alliés du roi ; Navarrais, hommes de Gaston de Foix) ; 600 Biscayens tenaient la mer contre les Anglais, avec 12 vaisseaux. Sommés de se rendre le 6 août, les Bayonnais refusèrent.

L'investissement complet de la ville par Dunois se fit le 7 août. Il s'était établi à l'est, du côté de Mousseroles, entre l'Adour et la Nive. Le comte de Foix se plaça à St. Léon, sur le champ de manoeuvres actuel, vers les Augustins, du côté de la Porte d'Espagne.

Le Sire d'Albret et le Vicomte de Tartas, arrivés 6 jours plus tard, campèrent à Saint-Esprit, d'où ils détruisirent le pont de bateaux et coupèrent toute retraite possible aux assiégés, de ce côté-là.

Ceux-ci, massés vers Saint-Léon, attaquèrent le premiers ; mais ils furent repoussés et ils abandonnèrent ce poste après avoir brûlé tous les édifices et laissé un grand fossé infranchissable entre eux et les Français. Gaston de Foix occupa aussitôt l'église des Augustins. Les assiégés en furent réduits aux petites sorties et aux coups de main ; mais le comte de Foix ayant délogé les gardes anglaises de l'église des Carmes à Lachepaillet, et les assiégés, apprenant bientôt l'approche des grosses bombardes de Dunois, commencèrent à faillir et entrèrent en composition, le 18 Août.

On stipula que la garnison sera prisonnière de guerre avec le gouverneur Jean de Beaumont et qu'il serait perçu une rançon de 40 000 écus d'or. La réddition de Bayonne, datée du 19 août 1451, laissait l'honneur sauf. La résistance avait duré 13 ou 14 jours, intense et vigoureuse de la part des Bayonnais, combattant par devoir et succombant, faute d'un secours vainement attendu.

Les Français devaient entrer dans la ville, le matin du vendredi, 20 août, pour prendre possession du Château-Vieux et occuper la cité.

Le lendemain, les portes étaient largement ouvertes. Des fanfares guerrières se faisaient entendre.

Les vainqueurs s'ébranlent et vont prendre possession. Ce sont les Français et leurs alliés : Gascons, et Béarnais de Gaston de Foix, Basques du Labourd, de Navarre et du Guipuzcoa, et aussi les Espagnols de Castille et du nord de l'Espagne.

Il est environ 7 heures du matin. Le ciel, tranquille et pur, bleu et serein, semble sourire à la terre. Le zéphyr caresse et agite les bannières, les étendards, et les pennons rouges, couleur des vaincus, qui surmontent les portes et les tours, les murs de la cathédrale et les fortifications de la ville.

Soudain, au-dessus du camp de Gaston de Foix, un peu à l'ouest, vers l'Espagne, apparaît une immense croix blanche et lumineuse, en forme de crucifix.

Alors, tous de faire le signe de la croix, d'adorer en silence, de se prosterner, d'acclamer parfois avec amour et avec foi le signe sacré de notre Rédemption. Et sur cette grande croix immobile, bientôt la couronne d'épines du divin Crucifié se transforme en blanches fleurs de lis.

Alors aussi, les Bayonnais sortent de leurs demeures, adorent la croix blanche, essuient leurs larmes et disent que le Ciel veut sûrement qu'ils soient Français par la blanche apparition de ce signe lumineux et aussitôt ils se dépouillent des livrées rouges d'Angleterre pour revêtir la blanche livrée française.

Et qui nous apprend cette incroyable merveille ? Ce sont les deux grands chefs de l'armée française, les comtes de Foix et de Dunois, dans une belle lettre envoyée par eux-mêmes au roi de France, Charles VII, alors à Taillebourg en Charente.

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Lettre des comtes de Foix et de Dunois au roi ( 20 août 1451)



"Nostre souverain et très redoubté seigneur, nous nous recommandons à vostre bonne grâce tant humblement que faire le povons, et vous plaise sçavoir que ,grâces à Nostre Seigneur, ceste cité de Bayonne est en vostre puissance du jour d'uy à vostre grant honneur et proffit, ainsi que veoir le pourrés par le double de l'appoinctement faict par lesd. de Bayonne que par ce pourteur vous envoyons.
Sire, il est vray que à la propre heure que vos gens prenoient la possession du chastel de Baionne, estant le ciel très cler et bien escuré, apparut une nue où apparaît une grant croix. blanche sur la dicte ville de Bayonne, du costel d'Espaigne; et là s'est arrestée, sans remuer ne bougiez, l'espace d'une heure; et comme dient les aucuns, qui l'ont vehue au commencement, et estoit en forme d'ung crucifix, la couronne sur la teste , laquelle couronne se tourna puis en fleur de lis et a esté vehuy par tous les gens de cest ost, où estoient de mille à douze cents hommes de guerre Espaignoulx qui sont icy avec leurs maignies en vostre service.
Nous donnons ici même une curieuse Variante du même récit fournie par Escouchy. Il serait curieux de rapprocher toutes celles des plus anciens auteurs, Berry, J. Chartier, du Clercq, etc. :
« Aujourduy, XXe jour d 'oust, à l'heure de sept heures du matin, à laquelle heure estoit promise la cité de Bayonne, et y entrèrent les gens du roy, pour en prendre la possession, au ciel, qui à ceste heure, estoit cler et bien purifié s'apparut dedens une nuée, une croix blanche, au droit de lad, cité, devers les parties d'Espaigne ; laquelle croix, sans mouvoir, demeura l'espace de une heure. Et aucuns disent que, au commencement sur icelle croix avait une semblance de ung crucifix, couronné d'une couronne d'azur sur chef laquelle couronne se mua en une fleur de liz. Dont chacun fut esmerveillés et ceux de lad, ville estoient fort espoentez de veoir telles merveilles, et incontinent leur ensaigne de leur croix rouge, qu'ils avoient sur leurs portes et tours, ostèrent. »
G. du F. de Beaucourt. IIe de Charles VII. 5, p. 52 (F. francs, 5028, f° 183) et du Chesne (Oeuvres d'A. Chartier, p. 848).

 

 

Ces choses nous a semblé à tous très merveilleuses et mesmement à ceux de la ville de Baionne, lesquels, quand ils le choisirent, lous esabïs, faisant le signe de la croix, incontinent toutes les enseignes estans sur les pourlaulx et tours, où estoit le croix rouge, ostèrent et mirent jus.
Demain, avons entencion faire l'entrée de la ville, et, mardi, partir, tenans nostre chemin par devers vous, en la plus grand diligence que faire pourrons, au bon plaisir de Nostre Seigneur, lequel vous doint, nostre souverain et très redoublé seigneur, bonne vie et longue, et à nous, nobles et haulx désirs.
Escript en nostre logis, dehors Bayonne, le vendredi, XXme jour d'aost.
Ainsi signé, vos très humbles et obéissans, les comtes de Foix et de Dunoys. GASTON et JEHAN. De La Loère
Biblioth. Nation. de Paris. Chronique du XVe s. F. Franç. 6487, f. 2. Arch. Nation. dans la Table du Mémorial L. des Comptes (PP. 118) - Chronique, de Mathieu d'Escouchy. p. G. du F. de Beaucourt. (1863), t.1, pp. 361 et suiv. et t.3 Preuves, p. 397. Là aussi se voit une lettre personnelle de Dunois au roi sur le même sujet, ibid., p. 366, t.I..

Le samedi matin, à 10 h., les grands chefs, le maréchal de Lohéac, et nombre de seigneurs et de guerriers se présentèrent aux portes de la cathédrale où les attendaient l'évêque G.A. de Lasègue, le Chapitre et le Clergé, avec les reliques. Tous les vénérèrent et entrèrent à l'église pour y prier.

Le lendemain, dimanche, les chefs revinrent à la cathédrale pour entendre la messe ; ensuite ils reçurent le serment de fidélité des Bayonnais et de tous ceux qui devaient l'hommage « Le comte de Foix, ajoute un auteur ancien, entra dedans et donna son harnois, lance, escu, espée et massue, à l'église, ensemble son cheval, couvert de drap d'or » . Ailleurs, on assure qu'il donna pour en faire une chappe la housse de son coursier estimée 500 écus d'or.

 

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Le Miracle de Bayonne est-il une Légende ou un événement historique certain ?


Un personnage éminent, à qui nous devons toute déférence, m'a demandé d'apporter toutes mes preuves et de ne pas laisser planer le moindre doute sur le fait de la glorieuse apparition.

Ce n'est précisément pas difficile.

Comment se prouvent, en effet, l'existence et les modalités d'un événement ancien, extérieur, public, visible ? Surtout par des témoignages contemporains. Des témoins oculaires, compétents, désintéressés, sincères, qui ne peuvent ni se tromper, ni nous tromper, voilà ce qu'il nous faut ! Avons-nous de pareils témoins ? Oui, et au-dessus de tout soupçon.

D'abord, les deux chefs de l'armée française, Gaston IV de Foix et le comte de Dunois. Ce sont eux qui annoncent l'événement au roi.

Gaston de Foix est le premier témoin. Nous savons ce qu'il était. On possède deux histoires de ce Prince. L'une, écrite par son serviteur, Gme Leseur, publiée assez tard, l'autre, par un excellent érudit moderne ; et, outre cela, il y a des récits nombreux et instructifs, qui nous représentent ce Prince magnifique, comme un homme de haute moralité, de valeur guerrière incontestable ; brave, honnête et grand seigneur, à qui l'on donnait les deux titres de chevaleureux et de droicturier. N'offre-t-il pas toutes garanties sérieuses d'un témoin recevable ? Comment aurait-il pu se tromper et pourquoi aurait-il voulu nous tromper ? Poser la question, c'est la résoudre.

Quant à Dunois, il faut lire sa déposition sur Jeanne d'Arc au Procès de réhabilitation pour comprendre la moralité, l'honneur et la loyauté de ce grand chef, qui ne pouvait que dire la vérité au roi de France.

Y a-t-il mieux que de pareils témoins ? C'est que nous avons aussi la lettre, envoyée le 25 août par le roi lui-même à toutes les villes de France, pour leur ordonner des prières et des fêtes en l'honneur des événements de Bayonne dont il leur adresse la relation. Nous avons encore les lettres envoyées en cette occasion à Mâcon, à Pamiers   et à Marmoutiers. Il s'ensuit que la France entière a connu et vénéré aussitôt le Miracle de Bayonne et que l'opinion publique française dut placer très haut le prestige de cette ville, où pareille manifestation divine s'était accomplie.

Le document est assez important pour mériter d'être offert à la pieuse curiosité de nos lecteurs :

Lettre du roi

S'ensuit la copie des lettres que le Roy a escript ez bonnes villes de son Royaulme:
Nostres amés et féaul et chiers et bien amez comme avez assés peu savoir pour ce que ceulx de nostre ville et cité de Baionne ne voulurent estre comprins ou traictié et appoinctement qui avoit esté fait sur le fait de la redduction en nostre obéissance de noz ville et cité de Bordeaulx et autre païs du Bordelois et de Guienne, lors occupez pas nos ennemiz les Anglois, nous envoyasmes partie de nostre armée, ensamble nostre artillerie, pour mettre le siège devant nostre d. ville de Bayonne, et est advenu, que, après que le siège a esté devant par aucuns jours, les evesque, bourgeois et habitans de lad. ville et cité de Bayonne sont venuz devers beaulx cosins de Foyz et de Dunois, nos lieutenans tenans led. siège de par nous, et ont rendu lad. ville et cité en nostre obéissance moyennant certain traictié et appoinctement, qui a esté hière fait, par lequel entre autre chose, don Jehan de Beaulmont, chevalier, capitaine du parti des gens de guerre, qui estoient en lad. ville, demeure nostre prisonnier et les dictes gens à nostre volonté, ceulx d'icelle ville à nostre mercy, et aucun petit nombre d'Anglois qui il estoient, a esté par nosd. octroyé, à la requeste desd. habitans de Baionne, qu'ils s'en aillent leurs vies saulvés et leurs biens demourez à nostre disposition, ainsi que ces choses et plusieurs autres bien honnorables sont plus à plain contenues audict tractié et appoinctement. Et avec ce, nous ont iceulx nos cosins escriptez certainnez lettres closes, touchants ces matières et autres, signées de leurs mains, DESQUELLES VOUS ENVOYONS LE DOUBLE. Lesquelles choses vous signifions, tant pour ce que bien savons que, à oïr en bien de noz nouvelles, serés joyeulx, comme aussi afin que facez faire procession, et autrement rendrés prières et louenges à Nostre Seigneur, ainsi que on a coustume faire en pareil cas, quand Nostre Seigneur fait de telles et si grandes grâces à nous et à nostre royaulme. Donné à Taillesbourg le XXVe jour d'aoust. Ainsi signé, CHARLES.
A nostres amés et féauls conseillers et chevalliers et bien amés, les evesque, gens d'Eglise, bourgeois et habitants de la ville de Mascon.
(Fragment d'une Chronique du XV° siècle, ms. fr. 6487, f. I - Une attestation de Dunois, est au F. Franç. 9669 et dans les Annotations sur les Oeuvres de M Alain Chartier par Du Chesne, p. 848 - Traité de la reddition de Bayonne dans Escouchy, t. 2, p. 362, récit du miracle, Ibid p. 366. ).

Le roi envoya donc en France la lettre des grands chefs de Bayonne, et cela nous suffit bien.

Faut-il aussi rappeler la Médaille de Bayonne, frappée à la Monnaie de Paris par ordre de Charles VII et dont il existe encore une dizaine d'exemplaires de types divers ?

Le nom de Bayonne ne s'y trouve pas ; mais la date de 1451 y est bien ; on en continua la frappe jusqu'en 1460 et, au dire de certains historiens, l'une d'entre elles est la plus belle des médailles d'or frappées par la Monarchie française. Une autre médaille semble commémorer le Miracle même, car, d'un côté, nous lisons ces paroles Hora nona, Dominus Jesus Christus expiravit, qui se terminent par l'invocation : Adoramus te, Christe « O Christ, nous vous adorons ! » tandis qu'on lit au revers « O roi Charles, à toi la paix, la gloire et la louange ! Le royaume de France, tombé si bas, tu l'as réformé, après avoir vaincu l'ennemi par ta valeur, grâce au conseil du Christ et avec le secours de sa loi ! ».

Nous devons d'ailleurs, en ces matières, faire confiance aux spécialistes ; et précisément les deux plus grands historiens de Charles VII, à notre époque, Vallet et Viriville et Du Fresne de Beaucourt ont, sans ambages, parlé de la médaille du Miracle de Bayonne avec un sentiment de vérité qui nous étonne presque. Surtout de la part de Vallet de Viriville. Il admire certes Jeanne d'Arc, mais il n'en fait pas une sainte. Le P. Ayrolles le lui reproche, trop vivement peut-être.

Or, ce même personnage, en face de l'apparition de la Croix à Bayonne, lui donne sans hésiter le nom de «Miracle ». Il ne craint pas de dire « Le Miracle de Bayonne produisit une vive sensation » et il consacre une brochure de plus de 50 pages à étudier les divers types des médailles, de 1451-1460.

Du Fresne de Beaucourt a employé aussi le mot de « miracle » pour caractériser le prodige de Bayonne ; et c'est lui qui a publié presque tous les documents originaux, qui en assurent l'authenticité. Sans lui, nous connaîtrions bien le fait, mais nous n'en aurions peut-être pas les preuves.

Car tous les historiens anciens relatent le prodige.

Ce furent d'abord le héraut royal de la guerre, Berry, et Jean Chartier et Jacques Duclercq et Mathieu d'Escouchy et La Perrière et Guillaume Leseur et Ch. Basin ; plus tard, S. Dupleix, Mézeray, le P. Daniel, le P. de Bussières ; et tous les auteurs bayonnais Veillet, Baylacq, Mazein, Balasque.

Tous, tous, en faveur du Miracle ? Non, il y a un réfractaire, un négateur, qui mentionne le fait, comme un simple phénomène météorologique. Il s'appelait Gérard du Haillan, l'historiographe de Charles IX et d'Henri III, qu'on pourrait nommer le Voltaire de l'histoire de Jeanne d'Arc, car il insulta et injuria la Pucelle comme le sire de Ferney ; Gérard du Haillan (1536-1610) que Scipion Dupleix prend à partie en lui reprochant d'agir en Anglais et non en Français, de ne pas croire en la puissance de Dieu et à la possibilité du miracle : un libre-penseur du XVIe siècle !...

Mais cette exception n'augmente-t-elle pas notre confiance, notre croyance ? Pour nous, nous ne pensons pas qu'il y ait de fait historique, mieux établi et prouvé que le Miracle de Bayonne.

 

Comment le souvenir de ce Miracle s'est-il perdu à Bayonne ?


On pourrait répondre qu'il n'y a pas de documents à ce sujet et c'est la vérité. Mais il y a indirectement des preuves de cet oubli invraisemblable, mais très volontaire.

En effet, à Bayonne, on aimait à célébrer les anniversaires des événements favorables à la ville.

Par exemple, on connaît la procession et les fêtes religieuses annuelles de S. Simon et S. Jude, depuis le 28 octobre 1578, jour de l'ouverture de la Barre dont les eaux de la mer faillirent engloutir Bayonne ;

La procession et les fêtes religieuses du dimanche après S. Jean Baptiste, depuis 1594, rappelant la trahison avortée de Château-Martin, contre la sécurité de la ville;

La procession et les fêtes religieuses, en souvenir de la conspiration de l'espagnol, Pedro Muriez Mantilla, en avril 1651, qui fut dénoncée par Menigne Saube-le-Bile.

Pourquoi donc la ville de Bayonne ne fit-elle rien pour rappeler le Miracle de 1451 ?

Parce que cet événement se produisit dans des circonstances qu'il était difficile de rappeler.

Fallait-il illuminer pour rappeler un échec local, trop sensible à l'amour-propre bayonnais ?

Bayonne, loyale, n'avait pas renié sa vieille nationalité ; elle l'avait défendue avec ardeur, car le souvenir des ancêtres y était pour beaucoup, surtout dans les classes dirigeantes. On devint Français mais à quoi bon rappeler, chaque année, au peuple, qu'on ne l'avait pas été pendant des siècles ? Il y eut, de la part de tous, une conspiration du silence, qui rallia toutes les volontés et tous les coeurs. Ne suffisait-il pas de payer régulièrement le lourd impôt de guerre de 40 000 écus d'or, même diminué de moitié par la clémence royale, sans afficher du jour au lendemain par des fêtes publiques et une exubérante allégresse des sentiments que le temps seul pouvait faire naître, grandir et qu'une occasion favorable devait provoquer ?

Car, la première génération passée, le grand événement fut oublié.

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Pourquoi les historiens de Jeanne d'Arc passent-ils sous silence le « Miracle de Bayonne ? »


D'abord, parce que presque tous s'arrêtent à la mort de Jeanne d'Arc, en 1431. Ensuite, parce qu'ils n'ont pas compris ce grand miracle, dans l'ensemble de la mission de Jeanne.

Ils n'ont pas su, même les meilleurs, que le couronnement régulier et divin de cette mission eut lieu à Bayonne et pas ailleurs. Commencée par tant de miracles, Dieu ne se devait-il pas, pour ainsi dire, de la terminer par un grand miracle ? Il le fit à Bayonne.

On ne l'a pas vu ; les modernes ne l'ont pas compris.

Le Miracle de la Croix, ce fut le sceau mis par Dieu à la mission de Jeanne d'Arc. C'est ici, à Bayonne, que fut scellé et ratifié le mystère divin; pas ailleurs.

Les contemporains, eux, ne s'y trompèrent pas. L'historien si curieux, Jean Chartier, qui a consacré tout le chapitre 253 de sa Chronique au siège et au Miracle de Bayonne, nous le dit en ces termes précis : « Ainsi, par la grâce et la bonté divine, furent réduits en la main et l'obéissance du roy de France, les duchés de Normandie et de Guyenne, et généralement tout le royaume de France, excepté seulement la ville de Calais » : épilogue divin du Miracle de Bayonne.

Cependant, Chartier ne dissimule rien et raconte la seconde campagne de Guienne.

Car il y a eu un événement considérable, qui a désorienté les historiens modernes de Jeanne d'Arc et c'est leur excuse. C'est la « trahison » des sires de Lesparre et de Montferran, en Bordelais, qu'on regarde à tort comme une suite naturelle de la guerre de Cent Ans. Non, ce fut un incident fâcheux, qui éclata et ne fut réparé que deux ans après, par la victoire de Castillon (1453).

L'ennemi était entièrement « bouté » hors de France, depuis plus d'un an, lorsqu'à la voix de quelques traîtres, il voulut y revenir. Plus de 5 000 hommes débarquèrent avec Talbot pour reconquérir la Guienne. Charles VII reprit les armes. Jeanne d'Arc l'aida certes du haut des Cieux, en cette rencontre, quoique régulièrement Dieu eût clos sa chère et sainte mission par le Miracle de Bayonne.

Voilà ce dont il faut se souvenir.

John Lingard, auteur d'une Hist. d'Angleterre (traduite et publiée par L. de Vailly), est ici bon à entendre. II ne irait pas à la mission de Jeanne d'Arc, mais il raconte les hauts faits de cette "intéressante jeune fille". Il ne parle ni du siège, ni du miracle de Baronne. Mais pour lui, lu guerre était terminée, lorsque "arriva une députation des habitants de la Guienne qui, impatients du joug de leurs nouveaux maîtres, offraient de renouveller leur allégeance, et sollicitaient l'aide d'une armée anglaise. L'invitation fut acceptée avec empressement et le commandement donné à Talbot qui avait atteint, sa 80° année". On voit que c'est ici le commencement d'une guerre nouvelle et non la continuation de l'ancienne. Hist. d'Angleterre. II p. 531. Paris. Charpentier in-12 (1843).

 

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Les Bayonnais doivent rester fidèles au Miracle de la Croix

Cette croix se situe avenue de Pampelune près de la porte d'Espagne et ne doit pas être confondue avec celle de Saint Léon qui marque l'endroit où Saint Léon finit par s'arrêter portant sa tête depuis l'emplacement (la fontaine) où il avait été éxécuté et qui domine, dans un petit square, les tennis de l'Aviron Bayonnais

Si nous n'avions voulu fixer qu'un point d'histoire locale, nous n'aurions maintenant qu'à descendre de cette chaire. Mais, nous avons parlé de l'apparition de la croix - un grand miracle ! - et c'est pour cela qu'une conclusion chrétienne s'impose à notre esprit.

En effet, mes Frères, l'apparition d'une Croix sur Bayonne, à une des heures les plus tragiques de son existence, est tellement glorieuse pour cette ville, que l'on comprend très bien qu'on l'ait révoquée en doute.

Car enfin l'histoire du monde mentionne à peine quatre ou cinq de ces faits extraordinaires, mais pas davantage : le dernier eut lieu à Migné, en 1827, au diocèse de Poitiers, et il doit être considéré comme un acte d'amour pour la France.

Mais Bayonne en fut la divine bénéficiaire, au XVe siècle, seule, au pays de France, sa nouvelle patrie. Alors, les Bayonnais, privilégiés du Ciel, furent, pour ainsi dire, offerts par Dieu lui-même à la France en un jour de miracle et de miséricorde.

Quel honneur, mais aussi quelle obligation de reconnaissance éternelle pour eux !

La croix est toujours un signe de miséricorde pour les peuples, pour les villes, comme pour les individus.

Au IVe siècle, elle était apparue à Constantin avec cette parole d'espérance et de salut : « In hoc signo vinces. Tu vaincras par ce signe ! »

A Bayonne, elle est apparue après la victoire, comme pour dire à la France « Par ce signe, tu as vaincu ! Par ce signe, je te donne Bayonne et toutes les conquêtes prédites par Jeanne ! » Et tout cela était la vérité.

Car, ne l'oubliez pas, mes Frères, la croix est une signature.

La signature de ceux qui ne savent pas écrire et en laquelle certes ils ont confiance : ainsi signa longtemps Jeanne d'Arc.

La signature de notre Eglise catholique ; son plus beau geste, c'est le signe de la Croix.

La parole de nos évêques nous arrive toujours précédée du signe de la Croix.

Et ici, à Bayonne, la Croix dans les airs, ce fut la signature de Dieu scellant son oeuvre magnifique. Un auteur du XVIIe siècle disait gracieusement que la blanche croix peinte dans la nue était la signature de Dieu, peignant au Ciel ce qu'il avait fait sur la terre, le sceau divin de l'épopée terrestre : Picta in nubibus crux candicans... Deo pigente cœlitus quod in terris ipse perfeceral ».

La Croix, c'est l'étendard de la vraie liberté, l'étoile et la lumière du salut : In cruce salus.

Ainsi privilégiée entre toutes les villes de France, Bayonne a reçu sur son front l'empreinte sacrée de la lumière qui éclaire et qui sauve.

Manifestement bénie de Dieu, elle doit donc être fidèle à la Croix, marquer tous ses enfants de ce signe divin, et le faire luire et briller comme un flambeau qui dissipe toutes les ténèbres.

Qu'elle conserve donc sa foi, sa foi chrétienne qu'elle ne perdit jamais, qu'elle sut jadis défendre, et qui a produit le plus grand Missionnaire catholique de notre temps

Qu'elle conserve, comme un chaud rayonnement de la Croix, son esprit de charité et son grand coeur, qui l'inclinent vers le pauvre, le malheureux, et qui a suscité les Claverie, les Lormand, les Cestae, les Lavigerie et tant d'autres encore

Qu'elle conserve avec une fierté jalouse sa belle, noble et haute devise : Nunquam polluta[38], issue certainement du triomphe de la Croix, après 1451, et qui l'a mise à l'abri de la flétrissure et du joug de tous ses ennemis !

Enfants du Miracle de la Croix, que les Bayonnais restent toujours de bons chrétiens, de bons Français et, pour tout dire, de bons Bayonnais, fidèles à Dieu, au Christ, à l'Eglise, à la Patrie, sous la protection et la lumière de cette apparition du Ciel !

Ainsi soit-il. O Crux, ave !

 


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Miracle de Bayonne: présentation

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